Affichage des articles dont le libellé est Avortement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Avortement. Afficher tous les articles

dimanche 9 décembre 2012

Vous trouvez ça normal?

J'imagine.

Je suis abonnée au nouvel obs. J'imagine que j'ouvre ce matin ma boite aux lettres, et que j'y trouve mon magazine. J'imagine que comme chaque semaine, j'y trouve le supplément TéléObs. J'imagine que comme à chaque fois, je le trouve fort peu attrayant, mais comme chaque fois, je me dis que quand même c'est bien pratique, ce supplément. J'imagine qu'il va finir par passer sa semaine comme tous ses prédécesseurs sous mes télécommandes, et que je le feuilletterais distraitement les soirs ou je serais prise d'une irrépressible envie de regarder la télé sans pour autant avoir une idée du programme devant lequel j'aurais envie de m'abrutir.

J'imagine qu'au moment ou je m'apprêterai à le ranger à cette place, je serais prise d'une urgente envie. J'imagine que je me rendrais là où je dois me rendre avec le TéléObs. J'imagine que celui qui n'a jamais lu le programme télé aux Wawas me jettera la première pierre. 

J'imagine que je le feuilletterai d'un oeil distrait sans vraiment m'arrêter sur les articles. J'imagine encore une fois que le premier qui lit les articles de TéléObs avec une attention soutenue aux wawas me jettera la seconde pierre.

Mais ce que je n'arrive pas à imaginer, même en mobilisant toutes mes ressources, même en me concentrant très fort, c'est tomber entre le lundi et le mardi sur une pub anti IVG. Pourtant, de l'imagination, j'en ai. En abondance. A revendre. A l'excès. 

Non, ça je ne peux pas l'imaginer. Pas dans un pays ou je croyais acquise la liberté des femmes de disposer de leurs corps. Pas dans un pays où je pensais que le droit à l'avortement était un droit fondamental et inaliénable. Pas dans un canard qui publia fièrement le 5 avril 1971 le manifeste des 343. Pas dans un canard qui publia le 21 novembre 2012 un manifeste contre le viol. 

image via @sbajos
Et pourtant. J'ai beau me pincer, je ne rêve pas. En pleine page, on me demande si je trouve ça normal. 

Vous voulez savoir? Non, je ne trouve pas ça normal. Et oui, ça me pose un vrai problème. Ce que m'évoque cette image c'est un dangereux retour en arrière, qui s'arrêtera sur ces tables de cuisine où nos arrières grand-mères, nos grands-mères et parfois nos mères ont souffert le martyr, et ont perdu la vie entre les mains de faiseurs d'anges. Cette époque où les femmes n'étaient pas même propriétaires de leurs ventres. Cette époque barbare que je regarde, l'épouvante dans les yeux, mais le soulagement dans le coeur, parce que ouf, au moins, je n'aurais pas à me battre pour ça.

Je pensais que j'étais libre. Que j'avais le choix. Que je pouvais prendre mon destin en main. Je pensais que le mouvement logique de nos société était le progrès. Après tout, on est le pays des lumières? Celui des droits de l'homme? Je n'ai pas dû voir le moment où on a appuyé sur le bouton rewind. Je n'ai pas vu que l'obscurantisme était si près de nous qu'il avait réussi à se faire une place bien au chaud, à la gauche de Michel Drucker dans mon programme télé. Je n'avais pas vu qu'il se monnayait dans les services commerciaux des plus grands organes de presse française, qu'il s'achetait, comme on achète du Danone ou du CocaCola. 

D'aucuns me diront "oui, mais la liberté d'expression alors". Certains sont contre l'avortement. C'est leur droit le plus strict. Mais venir afficher leurs conviction en pleine page, c'est comme coller un pro-vie inquisiteur entre mes cuisses. Et ça c'est hors de question. J'ai le droit d'avorter. Je le revendique. Je ne reviendrais pas dessus, et vous non plus. L'histoire et l'actualité nous ont assez prouvé que ce type de revendication sont autant illusoires que mortellement dangereuses. Rien, absolument rien ne justifie que l'on revienne dessus. Il est question de liberté d'expression, mais il est aussi et surtout question de liberté d'exister en tant que femme. 

Alors voilà, je suis en colère. Mon ventre me brûle. Comment un de mes droits fondamentaux a-t-il pu être bradé au prix d'une pleine page d'un magazine TV? Suis-je moi aussi à vendre? Est-on prêts à tout sacrifier pour quelques biftons? Notre liberté? Notre dignité? Notre honneur? 

Chers gens du Nouvel Obs, nous savons tous que les temps sont durs, et que la faim justifie les moyens. Mais depuis quand avez vous changé au point de vendre vos compagnes, vos mères, vos filles, vos épouses, vos âmes?

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 25 juillet 2011

Garde à vous

Cher Colonel Reyel,

J'ai fait ta connaissance il y a peu. J'avais passé la nuit à faire la fête, j'avais bu du rhum plus que de raison, et j'avais montré ma culotte au type qui ramasse les poubelles. Une bonne soirée en somme. Sauf que qui dit bonne soirée, dit réveil un peu douloureux. Je sais pas toi, mais moi quand j'ai mal aux cheveux, je me soigne à grands coups de café noir et de clips sur W9. C'est là que je t'ai rencontré pour la première fois. C'était dans le clip de "Celui".


Et bien, laisse moi te dire une bonne chose. Tu n'es vraiment pas efficace pour soigner la gueule de bois. Je ne sais pas ce qui m'a fait le plus mal: le scénario sirupeux de la vidéo, ta voix de robot pour faire tout comme les black eyed peas, ou les paroles. Sache, mon petit Colonel, que si un jour tu me demandes de te laisser être celui qui partage ma vie, je te répondrais que je te laisserai plutôt être celui qui partage mon poing dans ta gueule. Ouais je sais, c'est rude, mais dans le monde, jeune freluquet, il n'y a pas que le sexe qui prime, comme tu le dis si bien. Il y a aussi la violence. 

Voilà donc comment s'est passée notre première rencontre. Je t'ai écouté jusqu'au bout. 3 minutes 21 durant lesquelles j'ai eu l'impression que faisait infuser mon bulbe rachidien dans du plomb en fusion. Puis ça s'est arrêté là. Je me suis dit qu'on était pas faits l'un pour l'autre et qu'on ne se recroiserait plus que dans les pubs pour les sonneries de portable. 

Mais tout ça, c'était sans compter mon entourage parsemé d'enfants de moins de 10 ans. Je sais pas comment tu fais ton compte, mais même dans les familles les plus attentives, chez ceux qui dépensent une énergie folle à préserver leur progéniture de la soupe mainstream qu'on leur sert, tu arrives à te faufiler insidieusement. Et voilà que même les minots qui se disent habituellement fan des Raconteurs et qui passent leurs vacances à écumer les concerts de Jazz se mettent à fredonner un texte dans lequel tu dis que tu partagerais bien ta vie avec moi, et que au pire, vu que j'ai déjà un type, tu te contenteras d'un petit coup d'un soir, parce que t'es trop fleur bleue et que tu m'aimes parce que je suis sensuelle et coquine (et que mon string dépasse de mon jean) . Belle image de ce que c'est que l'amour, le respect, la fidélité. Bon, je suis gentille, je t'accorde le bénéfice du doute... nous ne sommes peut être pas de la même génération... oh... wait... ta page wikipédia m'annonce que tu as trois mois de plus que moi... Aurais-je raté quelque chose? Par contre, faudra que tu me donnes ta technique: si les gosses pouvaient retenir leurs tables de multiplication aussi facilement qu'ils retiennent les affligeantes paroles de tes chansons, se serait au moins ça de gagné. 

Puis un beau jour, je suis tombée (encore une histoire de gueule de bois) (ouais je sais j'en ai souvent) (c'est pas ma faute, c'est celle à la société) (et puis merde, de quoi tu te mêles, on est pas là pour parler de moi) sur le clip de Aurélie. Et alors là, j'en ai ravalé mon vomi. 


Si j'ai bien compris, Aurélie, c'est l'histoire d'une minette à peine pubère, qui se fait sauter SANS CONTRACEPTION dans une twingo, par un type plus vieux qu'elle connait "depuis peu" (45 minutes?). Evidemment elle tombe en cloque. Evidemment, elle décide de le garder, et évidemment le père "qui a réussi son ace comme Tsonga" n'en veut pas. Evidemment, ses parents l'abandonnent, et elle se retrouve, enceinte jusqu'au yeux, à faire la vaisselle dans un restaurant pour gagner sa croûte. Puis, comme nous vivons dans un monde merveilleux, à la fin de la vidéo, une fois qu'elle a mis bas, tout le monde se retrouve chez elle, et tout le mode se fait des câlins.

Moralités ce cette histoire:
- Les préservatifs? La pilule? L'anneau? L'implant? Les cours d'éducation sexuelle? Les MST? Le dépistage? Mais pourquoi faire?
- Le bon gars, c'est celui qui te fera perdre ta virginité dans sa Twingo. Sur le parking du Leclerc. Avant, il t'aura offert des Pringles, pour te montrer qu'il te kiffe. Après il te dira qu'il faut qu'il file parce qu'il a oublié qu'il avait un poney qui a piscine sur le feu. C'est ça, l'amour en 2011.
- A 16 ans, tu es prête à être maman. Peu importe que tes parents te disent que c'est pas une bonne idée. Pas grave si tu dois arrêter l'école pour pouvoir te mettre à gagner ta croute. C'est pas important si le géniteur décide de pas assumer. L'essentiel, c'est que tu donnes la vie, parce que c'est bien. 
- Avorter, c'est être contre la vie. Ouais, toi même tu sais.
- De toute façon, c'est pas grave si Aurélie elle en chie un peu. Parce que dans le clip, à la fin, tout le monde revient se faire des bisous et des gouzis gouzis au bébénou. Les jeunes mères célibataires qui plaquent l'école pour élever seules leurs enfants et qui passeront leur vie dans la précarité et l'isolement, à enchainer les petits boulots avilissants, à dépendre des aides sociales parce que c'est pas avec leur petit smic qu'elles arriveront à subvenir aux besoins de leur famille, c'est une légende urbaine. Alors pourquoi attendre d'avoir pu faire des études, trouver un emploi dans lequel on est bien, d'avoir une situation un peu stable, d'avoir un peu profité de ce que la jeunesse peut apporter et surtout d'être avec une personne qui partage les mêmes envies de procréation que toi pour faire un enfant? Pourquoi s'emmerder à réunir autant de conditions favorables à l'épanouissement et au bonheur du papa, de la maman et du bébé, alors qu'il suffit d'une twingo, d'un tanga, et de ne pas savoir épeler le mot préservatif pour pondre un chiard? 

C'est tout à fait le genre d'idées que j'ai envie de mettre dans la tête d'un enfant de dix ans. Grace à Aurélie et à toi, Colonel, je sais maintenant que le Dancehall, en plus d'être douloureux pour mes oreilles peut être carrément dangereux pour la santé publique. Surtout quand on voit avec quelle facilité tes idioties se faufilent dans l'esprit des plus innocentes des créatures. 

Tout ça pour te dire, Colonel de pacotille (je donnerais cher pour te voir te tortiller dans la boue avec tes lunettes qui doivent couter le prix de mon loyer et ta chemise équivalente à tous les frais occasionnés par la grossesse d'Aurélie), que tout le mal que je te souhaite, c'est de devenir papa, et que dans 16ans, la chair de ta chair t'annonce qu'après s'être faite sauter dans les chiottes d'une boite de nuit par un sombre inconnu, non seulement elle a attrapé la chtouille, mais qu'en plus, elle décide de garder le bébé qu'elle attends, et que pour cette raison qu'elle décidera d'arrêter l'école et donc de ruiner tes plans pour en faire la gestionnaire de l'immense fortune que tu auras accumulé en hurlant de la merde à la radio. Ou alors, que Kelly, la petite blonde que tu avais sauté entre deux tentes quechua lors de tes vacances au camping de Palavas les flots attende que tu deviennes VRAIMENT connu pour t'appeler afin de te présenter Dylan, l'enfant qu'elle a eu dans ton dos. 

Je ne te dis pas à bientôt, je sais que d'ici peu tu auras 27ans, et tu sais ce qui arrives aux stars de la musique subversives quand elles arrivent à cet âge là.

Bisou

Almira
Rendez-vous sur Hellocoton !